Un public qui ne se sent pas concerné

Dès 1947, nous disent Pratkanis et ses collaborateurs (2002), Herbert et Sheatsley avaient déjà observé que les gens tendent à assimiler des informations qui touchent leurs intérêts et à éviter les informations qui ne s’accordent pas à leurs croyances. Lorsque des personnes ne peuvent éviter d’être exposées à des informations désagréables ou peu intéressantes, on observe qu’elles ont souvent tendances à déformer l’information et à la réinterpréter, réduisant ainsi une possible influence sur leurs attitudes et leurs comportements.


Au plan des choix stratégiques, la façon différente de traiter le message par une personne intéressée à une question ou non pourrait modifier le message à véhiculer. Si, par exemple, on demande à un groupe de militants impliquées dans la lutte aux préjugés de définir quel devrait être le meilleur message à véhiculer, il est fort probable que le message qui, selon eux, serait le plus efficace pour les atteindre, soit différent du message pouvant être efficace auprès d’un auditoire peu intéressé par le sujet.


Le risque est important lorsqu’un comité d’experts décide de concevoir le message. Les arguments des experts étudiant le radon ou la sécurité des rayonnements magnétiques sont probablement éloignés de l’univers des publics à qui ils souhaitent parler. Les arguments statistiques que les spécialistes considèrent comme probants et indubitables peuvent sembler anodins aux personnes rebutées par les statistiques. L’énumération des pathologies pouvant résulter d’une infection transmise sexuellement  pourrait sembler moins grave au sein du public qu’au sein d’un comité de médecins.


La question a été discutée par Gaston Godin, PhD, dans l’entrevue suivante : 



Dans la pratique des campagnes sociales, le phénomène revêt une importance particulière lors de la conception et du choix des messages publicitaires. L’intérêt du promoteur ou des intermédiaires qui ont à valider un message est souvent différent de celui du public à qui ils destinent une pièce publicitaire. C’est ce qui justifie le prétest auprès du public cible et la prudence face aux critiques et commentaires de personnes dont le profil et les intérêts diffèrent de ceux du public cible. Tant les experts que les publicitaires ne sont pas à l’abri de la tentation de se considérer comme « bien informés » sur ce qui peut intéresser ou non le public à atteindre. Il n’y a qu’une méthode véritable pour confirmer ou infirmer la chose : prétester !



Sources citées

Pratkanis, A. R. & Aronson, E. (2002). Age of propaganda : the everyday use and abuse of persuasion (Rev. ed.). New York: W.H. Freeman.

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